Il y a un mois, je publiais un premier article sur l'émerveillement, ou plutôt son manque.

Quelques semaines et un road trip plus tard, j'ai pu prendre le temps de réfléchir et d'analyser ce qui mène à un tel état d'esprit.

Je déteste les listicles simplistes, ces articles du genre "Les 10 bonnes raisons de mettre un bonnet en été". Déjà parce qu'il n'y en a aucune, ensuite parce que les lecteurs ne font que lire les 10 raisons sans leur explication mais surtout parce que c'est le genre de truc qu'on écrit quand on est fainéant et qu'on n'a pas envie de rédiger du bon contenu. Je le sais, je l'ai déjà fait. Plein de fois.

Soit, je disais donc que je détestais ce genre d'articles mais c'est bien à ça que celui-ci va ressembler. Je me suis rendu compte que mon manque d'émerveillement n'était pas lié à une seule raison mais bien à un ensemble de petites choses que je vais lister ici. Pour ne pas faire un vrai listicle et vous déstabiliser, je vais mettre des numéros dans le désordre 🤓

7. La préparation

Quand on va visiter un endroit pour la première fois, on a cette fâcheuse tendance à se renseigner à l'avance. On regarde combien de temps il faut pour y aller, quel temps il fait, ce qu'il faut visiter, pourquoi, ...

C'est compliqué de faire autrement si on veut éviter les mauvaises surprises. Le revers de la médaille, c'est qu'on connait déjà presque le lieu avant même d'y avoir mis les pieds.

Pour y remédier, je me force consciemment à ne pas trop me préparer. J'évite de regarder trop d'images ni les activités incontournables.

Une question d'équilibre en somme.

2. Manque de sens

Je ne sais pas si c'est comme ça pour vous, mais je fais clairement passer la vue avant mes autres sens.

Si je vous demande d'imaginer un endroit magnifique comme un lac entouré de montagnes enneigées, c'est probablement une image qui se forme dans votre tête. Pas une odeur ou un son.

J'ai appris que la raison principale est liée à l'évolution mais je ne vais pas m'attarder sur ce point. En gros, sachez juste que c'est inné. Ça veut dire que pour la plupart d'entre nous, il faut consciemment prendre la décision de mettre son cerveau sur un autre mode que visuel.

Si je vous redemande d'imaginer cet endroit mais en vous concentrant sur une odeur, ça ajoute du sens à cette image. Puis le son, le toucher ou même le goût. Là on arrive déjà mieux à s'émerveiller quand on excite plusieurs sens en même temps.

5. Enregistrer le moment

J'adore la photo. Je suis fou de vidéo. Un appareil photo est un objet magique pour pouvoir se remémorer des moments passés des années plus tard, quand la mémoire fait défaut et alterne les souvenirs.

Le problème, c'est qu'il faut bien capter cette image. Après trois road trips à travers la Nouvelle-Zélande, j'ai remarqué que, paradoxalement, plus j'utilise mon appareil, moins j'apprécie le moment que je suis en train d'enregistrer.

Plutôt que de prendre le temps de me concentrer sur mes sensations, je suis en train de fouiller dans mon sac pour changer d'objectif.

Ici, il s'agit une fois encore de trouver un équilibre. J'aime prendre des photos ou filmer mais peut-être que la moitié de ces images suffirait ou qu'une vidéo de 10 secondes en dit assez.

Je travaille encore à optimiser ce point. Une bonne solution est d'avoir son appareil à portée de main mais pas dans la main. Ça me permet de prendre le recul suffisant, admirer l'instant et ensuite, si ça a du sens, le capturer.

8. Les préoccupations

Je ne vais pas me lancer dans l'histoire du "dans un monde ultra-connecté" blablabla. On est tous au courant.

Je suis ici en Nouvelle-Zélande mais je travaille pour Koalect à distance (placement de produit). C'est une situation géniale parce que voilà. Sauf que.

Sauf qu'avec un décallage horaire de douze heures, la limite entre vie privée et boulot est encore plus compliquée à gérer. Je peux écrire là-dessus si vous me demandez gentillement mais je vais aller droit au but ici.

Je me rends dans des endroits magiques mais avec un esprit encombré de problèmes à résoudre, de choses à ne pas oublier et avec la pression d'apprécier le moment. Je suis conscient que ça s'applique à beaucoup de monde, pas uniquement au télé-traveilleur·euse·s de l'autre bout du monde. C'est juste que c'est depuis que je suis ici que je ressens ce problème assez fort.

J'ai trouvé des solutions mais elles sont compliquées et longues à mettre en place :

  • Je me suis construit un meilleur interrupteur boulot/loisir ;
  • Je planifie ma semaine pour que les grosses tâches complexes soit faites au début et je garde les choses plus légères pour la fin ;
  • J'évite que la technologie me rappelle que j'ai des trucs sur le feu en coupant les notifications ou en enlevant certaines applications de mon smartphone quand je pars en congé ou en week-end.

4. Chacun pour soi

Dernier point, le fait qu'on est toutes et tous plus ou moins touché·e·s par des choses différentes.

Lors d'une expérience, chacun·e a son petit moment qui l'a touché·e plus que d'autres. Il n'est pas forcément le même malgré le fait qu'on a vécu ces instants ensemble.

Partant de là, le raccourci de se dire qu'on est devenu insensible est vite fait. Quand je parle avec Élé qui est tombée amoureuse d'une rando que je n'aurais que moyennement appréciée, je me disais que je n'arrive plus à m'émouvoir.

Il n'en est rien ! C'est juste qu'autre chose me touchera plus qu'elle. Élé adore la haute montagne, ça la touche particulièrement. Moi, ce sont les sapins 🌲 Je rigole même pas en plus. Tu me mets une colline avec des sapins dessus et je fonds. Si avec ça t'as une pincée de neige à saupoudrer par-dessus, je construis ma cabane là et je vous accueille avec une bière chez moi.

Dans un prochain épisode, je vous expliquerai pourquoi j'aime bien les sapins. À l'heure qu'il est, je n'en ai toujours aucune idée.

Je viens d'avoir une illumination en direct. C'est peut-être parce que ça combine beaucoup de sens chez moi. La vue, c'est joli. L'odorat, ça sent le sapin. Le toucher, quand on a les doigts qui collent avec la sève. Le bruit du vent qui souffle dans les branches. Le goût, je sais pas trop. J'avoue que j'ai jamais tenté de mordre dans un sapin.


Bon allez, il y a encore du chemin à faire mais ça va déjà mieux 😊

J'espère que vous allez bien et que vous vous retrouvez un peu dans cet article.

Comme d'hab, envoyez-moi une petite bafouille. Le partage, c'est mieux à plusieurs. En plus je sais que vous n'avez rien d'autre à faire en confinement 🕵️‍♂️

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